jeudi 18 octobre 2018

La librairie d'Hélène a déménagé!

  Chers  lecteurs,

  Classement et nouvelle disposition des livres vous attendent sur mon nouveau blog à l'adresse suivante:

https://lalibrairiedhelene.wordpress.com/

  Vous y retrouverez, facilement j'espère, tous les articles que vous avez vus... ou lus...
  N'hésitez pas à vous abonner, à me laisser des commentaires: tout cela devrait être plus facile!
  Bonne promenade ,

  Hélène

jeudi 11 octobre 2018

Chien-Loup, Serge Joncour, rentrée littéraire 2018, Flammarion, 476 pages.

   Cet assez gros roman de Serge Joncour est sans doute un des plus aboutis en terme de construction. Deux histoires se répondent, chapitre après chapitre, l'une se passant en août 2017 et l'autre pendant les étés 1914 et 1915; le lieu est le même: un village perdu, Orcières-le Bas, quelque part au fin fond du Quercy, "le triangle noir du Quercy"( page 89).


    En août 2017, un couple sans enfant d'environ 50 ans décide de louer un gîte dans un endroit calme, loin de la foule. Lise a été malade, est maintenant guérie mais souhaite éviter le bruit, fuir le téléphone et Internet.
  Elle a un peu oublié ou gommé le fait que son mari, Franck, producteur de cinéma est perdu sans ses "petites barres". Une scène assez drôle au début du livre nous le montre errant dans les prés alentour, tendant désespérément son téléphone vers le ciel pour capter un réseau inexistant! Du vécu pour chacun d'entre nous...

 Août 1914: c'est la déclaration de guerre et le départ des hommes mobilisés. Un hommage est ici rendu aux femmes qui sont restées et ont fait tourner l'économie (souvenez-vous du roman d'Alice Ferney, Dans la guerre).  Il reste au village un Allemand, dompteur de fauves, -déserteur-, à qui on concède un terrain au dessus du village pour monter les cages des huit fauves. Et bien sûr, tout va se nouer autour de ces bêtes rugissantes.

 La nature joue un rôle primordial dans ce roman. Elle est évoquée en tant que cadre parfois magnifique ou terriblement oppressant. Les descriptions servent l'intrigue. Les animaux occupent également une place importante, en particulier un chien, sorti on ne trop d'où, qui va adopter Franck, le suivre partout et lui obéir sans relâche.

 Ces deux histoires vont s'emmêler et se résoudre de façon harmonieuse pour le plus grand plaisir du lecteur.

 Une belle nouveauté de cette rentrée littéraire!


jeudi 4 octobre 2018

Le prince à la petite tasse, Emilie de Turckheim, Calmann- Lévy, 2018, 197 pages.

  Emilie raconte les neuf mois passés avec Reza, jeune Afghan qu'elle héberge avec sa famille dans leur petit appartement parisien. Cette décision d'ouvrir leur porte et leur cœur a été prise à quatre: le couple, Fabrice et Emilie et leurs deux petits garçons, Marius et Noé.

  Un peu inquiets néanmoins, les co-locataires vont s'apprivoiser et découvrir un garçon sensible, mûri par l'odyssée vécue depuis l'age de douze ans. La narratrice (l'écrivain) nous fait le récit de leurs quotidien et de leurs découvertes dans un texte chronologique,son journal, nous restituant leurs émotions, leurs inquiétudes, leurs joies, leurs peines.

  Nous nous attachons à cette  famille qui a réalisé une goutte d'eau dans un océan -l’accueil d'un migrant-, avec simplicité et générosité. Ce petit récit est intéressant et sensible.

  J'ai eu  le plaisir de rencontrer cette jeune femme pleine de tact et de délicatesse lors de la rencontre "rentrée littéraire "de ma médiathèque préférée. Elle parle avec facilité et bonheur de ce qu'ils ont vécu à 5. Elle a bien sûr demandé à Reza s'il était d'accord avec la publication de ce journal!
 Simple et vrai!💗

jeudi 27 septembre 2018

Mademoiselle de Joncquières, un film de Emmanuel Mouret, encore en salle!

  L'histoire: Madame de La Pommeraye, jeune veuve retirée de la cour et vivant sur ses terres, subit une cour pressante et stratégique du séduisant marquis des Arcis, libertin notoire et séducteur avéré!
  Elle finit par lui céder et ils connaissent des moments de pur bonheur. Elle pense qu'il lui est attaché définitivement et qu'elle l'a guéri du libertinage... Mais quelques années plus tard, elle découvre qu'il s'ennuie et qu'il souhaite retrouver sa liberté.
 Très blessée par ce revirement, elle décide de se venger de lui, grâce à la complicité de Mademoiselle de Joncquières et de sa mère. La fin ne se dévoile pas!

Les acteurs, Cécile de France et Edouard Baer, sont au mieux de leur forme et leur jeu est sans faille. Ils portent un texte d'une pureté éblouissante et j'ai été conquise par cette langue, la nôtre, ainsi magnifiée.
Tout est beau dans ce film: les décors sont somptueux, que ce soit les intérieurs ou les extérieurs,
les costumes, et le rythme assez lent du film correspond à l'évolution des sentiments et au cours de la vie.

 Cette histoire, extraite du roman Jacques le Fataliste de Diderot, est à la fois sensible et cruelle...
A voir!!

💕

bande annonce du film

   

Les enfants de Venise, Luca Di Fulvio, 2018, Pocket, 988 pages.


     Avec Les enfants de Venise, Luca Di Fulvio signe un roman de quasiment 1000 pages haletantes !

   La Venise du XVI ème siècle nous est restituée avec sa beauté, son prestige mais également sa misère et sa puanteur. S’y côtoient dans un tourbillon effréné des nobles vénitiens, des soldats, des prostituées, des Vénitiens de souche et aussi une foule de personnage venus d’ailleurs qui espèrent trouver asile dans la Sérénissime.

   Ceux qui vivent sous nos yeux de lecteurs fascinés sont des enfants, des jeunes plus exactement : Mercurio le débrouillard, Guiditta ,la jeune juive dont il va tomber éperdument amoureux, le père de cette jeune fille, Anna, une femme qui va offrir à Mercurio l’amour maternel dont il a été sevré. En regard, des personnages noirs qui poursuivent leur désir de vengeance.

   La brutalité et la violence font partie du quotidien et l’atmosphère est parfois rude. Mais la lumière brille également sur la cité lacustre et les oppositions font le charme de cette fiction, comme dans un tableau.

  Notre jeune Mercurio va devoir réfléchir à la différence entre un programme et un projet, et c’est sans doute grâce à cette réflexion qu’il prend de la maturité : c’est un jeune homme attachant, bouillonnant d’énergie et d’idées, obstiné, tenace et nous tremblons et souffrons avec lui...




jeudi 20 septembre 2018

L'insouciance, Karine Tuil, 2016, Gallimard, 524 pages.

  Dixième roman de Karine Tuil, L'insouciance mérite le détour

 Le destin de quatre personnages principaux s'entrecroisent dans un ballet tragique:
Romain revient d’Afghanistan, blessé psychiquement, traumatisé par le sort de ceux qu'il commandait, de ceux qui sont morts ou handicapés à vie. Lors d'un "séjour de décompression" organisé par l'armée à Chypre, il rencontre une jeune journaliste, Marion, venue couvrir l’événement. Ils vivent une liaison fulgurante -Romain ignore qu'elle est mariée à François Vély, riche homme d'affaires franco-américain aux origines juives.

 De retour en France, Romain et Marion vont se revoir et vivre une grande passion, malgré les résistances de la jeune femme, mal à l'aise dans ce rapport secret. De son côté, Romain est également marié et père d'un petit garçon.

 François Vély va être conspué par les médias après s'être prêté à un portrait où il est montré assis sur une oeuvre d'art représentant une femme noire. Ce déferlement d'accusations va menacer l’équilibre de son groupe financier.

Le quatrième protagoniste est un ami d'enfance de Romain, Osman Diboula, fils d'immigré ivoiriens,
devenu conseiller à l'Elysée après les émeutes de 2005. Mais la roue tourne pour lui: banni du cercle des intimes, il subit une dépression jusqu'au jour où il prendra la défense de F. Vély, déclenchant alors une spirale d’événements dramatiques...

 L'écriture de ce roman est ample, les phrases sont souvent de longues périodes, son vocabulaire est soutenu, ce qui contraste avec parfois l'indigence des dialogues. Effet de réel?...
Les personnages ne sont pas sans nous rappeler des êtres de chair et d'os, mais ces êtres de papier sont bien fictionnels et le produit de l'imagination créatrice de leur auteur!
 Le titre est très intéressant: on en a l'explication vers la moitié environ du roman et dans l'épilogue.

 Un gros roman qui se lit sans problème!


jeudi 13 septembre 2018

Corps et âme, Franck Conroy, 1993, Gallimard 1996 pour la traduction française, Folio 683 pages.

  Autre " pavé" lu cet été!
  Recommandé par une nièce étudiante en médecine, Corps et âme ne parle pas du tout de médecine, malgré son titre, mais de musique!

  Il s'agit d'un beau roman initiatique mettant en scène le jeune Claude, issu d'une famille défavorisée vivant à New-York. Sa mère vit seule apparemment, est bizarre. Elle est chauffeur de taxi et boit pas mal le soir quand elle rentre. Elle a des manies, quasiment des tocs. Un grand mystère entoure la naissance de Claude.

  Ils vivent dans un sous-sol éclairé par un soupirail. La grande occupation de Claude, c'est la contemplation du ballet des "jambes et des pieds qui traversaient son champ de vision." L'enfant de six ans est subjugué par cette vision "des rythmes et des cadences toujours différents". Il est très seul, enfermé jusqu'au retour de sa mère et cet univers restreint va s'ouvrir avec l'école où il va de temps en temps. Il y est  assez distrait.
  Dans "la pièce du fond" se trouve un "petit piano console, blanc, avec soixante-six touches et un miroir au-dessus du clavier." Et l'enfant s'occupe à tapoter, à reproduire des mélodies entendues à la radio.

  Ce qui va changer le cours de sa vie, c'est la rencontre providentielle d'un homme, Monsieur Weisfeld, propriétaire d'un magasin de musique. Cet homme va rapidement comprendre que Claude est un enfant prodige et il va l'aider à avancer sur cette voie de la musique, car il est  persuadé de son  talent d’interprète et de compositeur.

 Beau livre sur la musique, Corps et âme nous parle non seulement de la carrière du jeune Claude, mais aussi des liens entre soliste et chef d'orchestre, de l'essence de la musique classique et encore du jazz qui occupe une place importante à New-York.

  L'auteur nous parle de "roman historique": c'est également une des dimensions intéressantes du livre avec le portrait de cette ville en pleine mutation dans les années 1980,  comme par exemple le démantèlement du métro aérien de la Troisième Avenue et la destruction des maisons environnantes pour construire des gratte-ciel. De même, il narre de façon pittoresque les méthodes d'intimidation des grosses entreprises voulant acheter les petites maison perdues au milieu des immeubles et promises à la démolition!

  Les personnages sont bien campés, intéressants, vivants; notre jeune prodige est sympathique et nous suivons son itinéraire avec beaucoup d'intérêt.




jeudi 6 septembre 2018

Le lambeau, Philippe Lançon, Gallimard, 2018, 510 pages.



    Philippe Lançon s'est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment.

   Journaliste à Libération et Charlie Hebdo, il participa à la conférence de Charlie le 7 janvier 2015; il devait proposer une critique du roman de Michel Houellebecq, Soumission. Il fait appel à ses souvenirs pour nous raconter l'avant de l'attaque terroriste des frères Kouachi, l’enchaînement des éléments qui l'ont retardé.

  Il est grièvement blessé, une balle lui arrache le bas du visage, emportant sa mâchoire inférieure. Un pompier qui le verra passer sur une civière criera: "ça, c'est blessure de guerre!"(page 109). Oui, Philippe Lançon a la "gueule cassée", mais il aura la "chance" (c'est moi qui souligne) de bénéficier des avancées de la chirurgie faciale reconstructrice. Il faudra à l'équipe de chirurgiens  dix-sept opérations pour que ce grand blessé puisse retrouver la parole, manger quasi normalement et affronter les regards des autres.  Un coiffeur qui vient faire office de rasage avant une opération le désigne comme "un journaliste au visage en travaux"

  Le titre, Le lambeau, désigne la greffe la plus importante qu'il subira, celle qui consiste à remplacer la mâchoire inférieure disparue par son péroné, os dont nous pouvons nous dispenser pour marcher!

  J'ai trouvé fascinante la manière dont il évoque cette lente remontée des enfers, cette reconstruction. L'auteur cite les écrivains qui l'ont accompagné, Proust avec la mort de sa grand-mère, Thomas Mann et sa montagne magique, Kafka avec Les lettres à Milena... Un chirurgien lui dira d'ailleurs: vous ne pouvez pas lire quelque chose de plus drôle?
 Philippe Lançon s'inspire de Proust pour montrer son rapport au temps: "Je ne vivais ni le temps perdu, ni le temps retrouvé, je vivais le temps interrompu." (page 381) Cette terrible blessure opère forcément une modification du rapport au réel.

  Les relations avec sa famille sont infiniment touchantes; ses parents- pas tout jeunes- présents et effarés, son frère, efficace et rassurant, son ex-femme qui le connait bien, son amie brésilienne qui tente de faire survivre leur relation après un tel bouleversement.
  Bien sûr, le personnel soignant, de l'équipe de chirurgiens au ballet d'aides-soignantes , est croqué sur le vif avec intensité. toute une série de portraits nous montre les liens qui se créent obligatoirement avec un blessé au long cours!

 Sous protection policière pendant longtemps, il prononce l'éloge des policiers anonymes qui ont veillé sur sa sécurité: "J'aimais leur attention, leur calme, leur précision, leur discipline, leur discrétion, leurs vitres fumées, le cuir de leurs véhicules. J'aimais leur présence, leur absence. J'aimais leur intensité périphérique. Ils veillaient sur mon sas, comme deux lions de pierre à l'entrée d'une loggia. Ils me reliaient au monde dont ils me protégeaient."( page 436)

 L'écriture est superbe, travaillée; on se laisse prendre par ce verbe malgré la difficulté du sujet évoqué. Dans une interview avec un journaliste de Gallimard, Philippe Lançon parle de son livre comme d'un "acte de construction littéraire, qui s'accomplit parallèlement à la reconstruction chirurgicale."Nous refermons le livre avec une pensée pour toutes ces victimes de la folie terroriste et les souffrances qu'elle engendre.


jeudi 26 juillet 2018

Bonnes vacances!



                                           

ce pourrait être un rêve!
ou une réalité!!!!!!

Au jeudi 6 septembre avec j'espère des coups de cœur!

Une vie entière, Robert Seethaler, 2014, Sabine Wespieser, pour la traduction française, 2015, folio, 145 pages.

    Voici un petit bijou  parfait pour un voyage, pour une petite sieste sous les arbres, ou en contemplant un magnifique paysage alpin ou maritime...
Jugez-en plutôt:

  Notre héros est un grand cœur mais un cœur simple. Andreas Egger va passer sa vie dans les Alpes autrichiennes. Né au début du XXème siècle,recueilli à contre -cœur par un oncle à la suite du décès de sa mère , le petit Andreas va être le souffre-douleur (il boitera toute sa vie à la suite d'une des corrections musclées de cet homme) et "l'homme à tout faire" de la ferme. Cela ne l'aigrit pas, mais renforce son tempérament, jusqu'au jour où il s'insurge tranquillement devant les coups de ceinture que veut lui infliger son oncle: " Tout ce que je veux, c'est la paix, rien d'autre." et, un peu plus loin: "Si tu me frappes, je te tue!" (page 29)

  Egger va rencontrer une charmante jeune servante d'auberge, Marie, qu'il courtise avec infiniment de poésie. Il lui fera une déclaration fracassante à laquelle elle répondra favorablement. Malgré son handicap, il travaille dans une société d'installation de téléphérique, apprécié des autres ouvriers.

 Il va connaitre deux épreuves terribles dont celle de la guerre. Déclaré "bon pour le service", un officier l'envoie "libérer l'Est"! Prisonnier, il reviendra dans son village et vivra jusqu'à soixante -dix -neuf ans avec infiniment de sagesse: "Il ne pouvait pas se rappeler d'où il venait, et en fin de compte ne savait pas où il irait. Mais, à cet entre-temps qu'était sa vie, il repensait sans regret, avec un petit rire saccadé et un immense étonnement." (pages 138-139)

  Rien de très glorieux dans cette vie, sauf qu'il s'agit d'une vie où on est dans l'être et non dans le paraître.

  Ce petit roman m'évoquait La grande peur dans la montagne de Charles -Ferdinand Ramuz pour sa simplicité apparente, la beauté des paysages rencontrés et le rappel de la petitesse de l'homme devant la création.



jeudi 19 juillet 2018

Dernières nouvelles du futur, Patrice Franceschi, Grasset, 2018, 2116 pages.

  Le premier livre de Patrice Franceschi que j'ai lu est un recueil de nouvelles paru en 2015, Première personne du singulier, pour lequel il a reçu le Prix Goncourt de la nouvelle. Le courage, parfois l'héroïsme, y était exalté.

  Il revient ici avec un autre recueil de nouvelles: il imagine le visage du monde dans cent ans, et cela n'a rien de réjouissant. Toutes ces nouvelles qu'on peut lire comme des fables ont un lien: que faisons-nous de notre destin d'hommes? quel est le sens de notre vie? que va devenir l'Homme?

  Dans un monde devenu fou, quelques personnages, les "héros" résistent en choisissant la liberté , c'est à dire qu'ils rentrent en résistance. Ils utilisent les failles du système pour tenter de s'y opposer. Parfois grinçantes, certains fables nous font sourire (L'Ecclésiaste vous salue bien!, page 33) ou évoquent Huxley et son 1984 dystopique, quand elles ne sont pas apocalyptiques! (La traversée de Paris, page 189).

  Cette résistance est organisée; il s'agit d'un véritable groupe appelé "le réseau Sénèque", cauchemar des dirigeants.Il est en tout cas la preuve qu'il est toujours possible de choisir son camp et de dire non à l'uniformisation et à la pensée convenue dite "correcte". Mais le livre s'achève  sur une note acerbe avec l'évocation de "la caméra du plafond" comme "l’œil de Caïn dans sa tombe." Réveillons-nous!


jeudi 12 juillet 2018

Juste après la vague, Sandrine Collette, Denoël, 2018, 302 pages.



 Accrochez-vous! On démarre les romans de Sandrine Collette ( on ne sait pas pourquoi ils sont rangés avec les polars...) et on ne peut pas s’arrêter avant d'avoir fini... J'ai lu Juste après la vague en grande partie la nuit et ce n'est pas du tout un remède contre l'insomnie...


Le récit démarre après un raz-de-marée monstrueux qui semble avoir englouti la presque totalité de l'humanité. Reste, sur une colline un peu  haute, une maison et ses 11 habitants, une famille composée de Pata, le père, Madie, la mère, et de leurs neuf enfants. Ils prennent petit à petit la mesure du désastre et des graves conséquences de ce déferlement de vagues pour leur survie. Ils ont quelques réserves de nourriture, de l'eau, des poules, mais l'eau continue inexorablement à monter et Pata prend la décision de la fuite vers les "hautes terres", espérant y retrouver d'autres hommes.

 Le premier problème est la taille de la barque, trop petite pour recueillir cette famille nombreuse. Ils partiront donc la nuit, abandonnant les trois enfants du milieu, capables de se débrouiller et de survivre durant l'aller et retour du père.
Madie est farouchement opposée à cet abandon qui révolte ses entrailles de mère. mais elle suit, faute de choix..., laissant un mot d'explication aux plus jeunes.

  Bien sûr, rien ne peut se passer comme le père l'avait prévu, et les aventures s'enchaînent de manière dramatique. Louie, Perrine et Noé (prénom approprié!) font preuve d'ingéniosité et de courage dans leurs tribulations. Leur mère prendra aussi une décision héroïque.

 Apparaissent des personnages secondaires qui vont jouer le rôle de révélateurs: en effet, dans ce genre de circonstances, la nature humaine montre sa face positive ou négative.. Les trois enfants abandonnés vont l'éprouver durant leur périple.

 On ne peut révéler la fin de ce genre de roman, car il faut garder le suspense intact. Je salue l'immense créativité de Sandrine Collette et son imagination débordante!

jeudi 5 juillet 2018

Le dernier gardien d'Ellis Island, Gaëlle Josse, Notabilia, 2014, 163 pages.

  Visitant en 2012 le musée de l'Immigration basé à Ellis Island, l'écrivain Gaëlle Josse a été saisie par l'atmosphère de ces lieux qui ont vu passer tant d' exilés... Elle nous confie que le sujet d'écrire sur tous les "migrants, émigrants, immigrants" qui avaient transité par cette île s'est imposé à elle.

  Comme dans tous ses romans, la brièveté est de rigueur, ce qui renforce la tension dramatique; Il s'agit ici de la lecture du journal - et en l’occurrence des derniers jours de ce journal- du directeur de ce qui était le premier contact des migrants avec l'Amérique.
 Contrôles d'identité, questions (il y en a 29), état de santé, autant de critères qui donnent l'accès au "paradis"... ou pas!

  Du 3 novembre 1954 à 10 heures du matin au 11 novembre 1954 à 4 heures de l'après-midi, avant le moment où il devra rendre les clés et quitter les lieux, John Mitchell revient sur les femmes et les hommes ainsi que sur les événements qui ont marqué sa vie: des regrets, des remords, des angoisses aussi; beaucoup d'empathie par rapport aux personnes qu'il a croisées rend sympathique et touchant ce directeur d'un centre proche d'un centre de détention.

  D'une écriture toujours fine et élégante, Gaëlle Josse nous fait participer à l'émotion qui fut la sienne en 2012. Elle rend hommage à tous ces êtres qui ont vécu ce passage obligé. Ce thème toujours d'actualité est traité avec subtilité en montrant les paradoxes de l'âme humaine.




jeudi 28 juin 2018

Gaspard, entre terre et ciel, Marie-Axelle et Benoit Clermont, cerf, 2018, 213 pages.

   Ce livre est un témoignage poignant mais sans pathos. Je l'ai lu néanmoins la gorge serrée et les larmes aux yeux: en effet,  il ne peut que nous toucher, car il nous parle de la maladie et de la mort d'un enfant.

  Marie-Axelle et Benoit ont trois jeunes enfants, un garçon et deux filles quand s'annonce ce petit quatrième, un autre garçon: leur joie est à son comble. Cet adorable petit bébé va connaitre un développement au ralenti et rapidement la jeune mère s'inquiète: il ne se tient pas assis à 9 mois, il ne se retourne que d'un côté. Il faudra du temps avant de poser le diagnostic: leur petit Gaspard est atteint d'une maladie neurodégénérative, la maladie de Sandhoff.  Il n'existe aucun traitement et l'espérance de vie est très courte. Au premier anniversaire de l'enfant, ils savent que, comme le dit Anne-Dauphine Julliand dans Deux petits pas sur le sable mouillé , il faut "Ajouter de la vie aux jours, quand on peut plus ajouter des jours à la vie."

  Ce témoignage est écrit à deux voix, celle des deux parents; ils nous livrent avec pudeur et vérité leurs réactions, leurs sentiments ainsi que les réactions des frère et sœurs. Ce livre a été écrit après le décès de Gaspard, et est né d'une intuition de Benoit qui avait créé avec l'assentiment de Marie-Axelle, une page Facebook relatant leur parcours: "j'ai besoin de dire ma souffrance, de dire mon admiration sans bornes pour Gaspard et pour ma femme. J'ai besoin de cesser d’être en colère et d'accepter mon impuissance, mon désespoir en mettant des mots sur l'indicible. J'ai besoin d'aide, aussi" .(page 124). Cette page a été très suivie, et leur a apporté beaucoup d'encouragements , d'assurance de prières, et de demande de conseils. Leur foi est vive, mais elle ne gomme pas la souffrance.

 Il est difficile de retracer les trois ans qui séparent le diagnostic du jour du décès de ce petit garçon qui meurt dans les bras de sa maman. Je salue le courage héroïque de ses parents qui ont vécu tous les jours de cette brève vie avec intensité, comme faire le deuil du rire de son enfant, puis de ses larmes...

  Ils nous apprennent que l'important, c'est d'aimer.


jeudi 21 juin 2018

Le suspendu de Conakry, Jean-Christophe Rufin, Flammarion, 2018, 319 pages.

  Aurel Timescu, vice-consul de France en Guinée, d'origine roumaine, se trouve  en l'absence du Consul Général devoir enquêter sur une mort violente survenue dans la marina de Conakry.

  Le moins que l'on puisse dire, c'est qu' Aurel détonne dans le paysage du consulat; sa description est extrêmement drôle compte tenu du contexte: "Sa tenue de bureau habituelle se composait d'un costume rayé à trois boutons, d'une chemise à col pointu à laquelle d'innombrables lavages donnaient des reflets jaunes et d'une cravate à rayures rouges et vertes. Quand il sortait, il enfilait toujours un long manteau de tweed croisé à larges revers qu'il tenait soigneusement boutonné.Pour protester contre le sort injuste qui l'avait exilé dans cette capitale africaine, il mettait un point d'honneur à ne rien changer à ses habitudes vestimentaires." (pages 13-14)
  Notre vice-consul n'est pas apprécié par son supérieur hiérarchique qui l'a relégué dans un placard au sens propre du terme sans ordinateur et sans téléphone.

  La mort de Jacques Mayères qui séjournait depuis six mois dans la marina de cette capitale va être pour lui l'occasion de travailler avec le commissaire Dupertuis et son collègue guinéen Bâ chargé de l’enquête. Ayant appris par hasard ce décès, il s'était précipité à la marina car "les questions criminelles représentaient à peu près la seule chose qui dans la vie pût encore l'exciter." (page 43). Il va réclamer un téléphone et une connexion internet pour faire des recherches et contacter la famille. Cette procédure va le faire sortir de son placard et transformer sa vie.

  Il va en particulier rencontrer la sœur du défunt, venue de France, l'inviter à diner, mener une enquête parfois dangereuse ou à la limite de la légalité avec cette femme charmante.

Bref, un Rufin qui change, amusant malgré ce "suspendu", entre aventures et polar.
Un bon roman de vacances!


jeudi 14 juin 2018

Des larmes aux rires, Claire d'Harcourt, Seuil, Le Funambule, 2006.

   Cet album sous -titré Les émotions et les sentiments dans l'art présente sous quatre grandes entrées (de la solitude à l'amour, du songe à l'effroi, de l'orgueil au pardon, de la fureur au bonheur), une palette de sentiments illustrés chacun de deux reproductions d'oeuvre qui "se rencontrent et font écho".

  La sélection est habilement faite et très évocatrice et elle est l'occasion pour le lecteur de découvrir ou redécouvrir des peintures, sculptures, masques, photographies, gravures; le petit-fils qui a trouvé ce livre sur les rayonnages de la bibliothèque, section enfants, a eu la joie de me le faire découvrir. En effet, l'institutrice l'avait montré à sa classe, et ils avaient ainsi exploré les sentiments en les mimant. Il a fallu expliquer en parcourant le livre ce qu'était le sarcasme ou essayer de différencier remords et repentir...

  L’iconographie est belle, l'album est suffisamment grand pour être agréable à manipuler;
   à explorer à partir de 5-6 ans. Et on peut mimer à tout âge!

  Et que représente pour vous l'oeuvre que nous avons sous les yeux?
La bienveillance? La joie?

jeudi 7 juin 2018

La trace du sang, Peter May, Rouergue, 2015, 4016 pages.

  Voilà un Écossais qui possède l'art du suspense! Il met en scène un personnage récurrent dans plusieurs romans policiers, Enzo MacLeod au nom bien typé..

 Cet homme s'est mis en tête de résoudre diverses affaires jamais élucidées, pas réglées par la police française et ce faisant il dérange un tueur redoutable. Pour atteindre MacLeod, l'assassin décide de s'en prendre à sa famille et en particulier à une de ses filles. Ayant trouvé une astuce pour écarter provisoirement ce détective trop malin, (je vous laisse le plaisir de la lecture), il va multiplier les embûches pour arriver même à le faire arrêter et emprisonner pour un meurtre que MacLeod n'a naturellement pas commis.

  MacLeod est aussi un séducteur et il va croiser la route d'une jeune femme mystérieuse, Anna, qui va l'héberger avec sa famille pour les mettre provisoirement à l'abri. Une belle idylle s'ébauche...
 L'enquête va le faire remonter dans le temps, recherchant les racines de cette histoire tout d'abord en Espagne, puis à Londres, puis en France dans le Roussillon et à Aubagne...

  Beaucoup de rebondissements et d'imprévus pimentent la trame de ce roman fort distrayant qui se lit d'une traite. Le personnage principal est attachant et pittoresque, les rouages sont bien huilés, et l'épilogue nous laisse supposer que les aventures de MacLeod ne sont pas terminées!

💓


jeudi 31 mai 2018

Une longue impatience, Gaëlle Josse, Notabilia, 2017, 191 pages.

  Anne est la narratrice de ce court roman très dense en émotions. Elle nous raconte, sous la forme du journal intime, dont le début est daté d'avril 1950, le départ de son fils Louis, 16 ans, qui ne supporte plus les corrections infligées par Etienne, son beau-père.

  Elle a perdu son premier mari, Yvon Le Floch, pendant la seconde Guerre mondiale: son chalutier a été  bombardé et coulé par l'aviation britannique qui avait comme consigne d'affamer les Allemands. Donc, pas de poisson... "Intérêt supérieur des nations, entendions nous." (page 142) On n'avait jamais retrouvé son corps.

  Deux ans après ce drame, Etienne Quémeneur, pharmacien de la bourgade, se déclare: il a toujours été amoureux d'elle, mais a été pris de vitesse par Yvon! Anne accepte de l'épouser et il lui promet d'être un bon père pour Louis.
 Viennent alors deux enfants, Gabriel et Jeanne, et Etienne oublie sa promesse. Il est pourtant plutôt un homme bon, mais il ne sait pas partager son bonheur d'être père avec Louis.

  Jusqu'au départ de Louis... qui ne revient pas. Sa mère le cherche, le guette. Elle sait qu'il s'est embarqué mais il va de cargo en cargo.
 Alors elle lui écrit, des lettres magnifiques, décrivant le festin qui l'attend pour le jour où il reviendra, véritable festin pour accueillir le fils prodigue. Cela évoque aussi Le festin de Babette de Karen Blixen. Elle le guette depuis le bord de mer, elle survit...

  Cette séparation va altérer leur vie de couple: la douleur d'Anne est trop grande. elle se réfugie tous les après-midi dans la petite maison qu'elle a habité avec Louis jusqu'à son remariage, véritable sanctuaire. Elle est très seule dans ce chagrin. Les non-dits ont été trop importants.

 L'épilogue n'est pas inattendu, mais pas complètement tragique. Nous percevons toute une vie tournée vers les autres et plus particulièrement vers ce fils parti, tout cela dans une belle langue à la fois intimiste et pudique.


jeudi 24 mai 2018

Le Bon Cœur, Michel Bernard, La Table Ronde, 2018, 234 pages.

    Michel Bernard n'est pas "sous-préfet aux champs", mais sous -préfet de L'Haÿ-les-Roses! Cet homme a une vie bien remplie puisqu'il est aussi (ou d'abord?) écrivain: j'ai lu le magnifique Les Forêts de Ravel, (cf article du 21 janvier 2016), mais la liste de ses romans est  longue.
     Il revient avec Le Bon Cœur, roman sur Jeanne d'Arc: très documenté, collant à la vérité historique,  son livre possède une part romanesque très importante:

 Nous avons par exemple dans une prose poétique la description des paysages traversés par celle qu'on appelait la Pucelle:

"Ils marchaient à pas lents. Sur les claies d'osier le chèvrefeuille avait repris sa croissance. Sous les tonnelles pointaient, violettes, les pousses de la vigne. Entre les murs du château attiédis, dans la terre ameublie et fumée, l'hiver avait cessé de mordre. " (page 64) ou, plus poignant, dans sa prison de Rouen: "Elle vit des paysans cheminer vers la ville en menant un âne ou une charrette attelée de boeufs, des enfants se jeter des boules de neige, des vieilles femmes porter des fagots, les fumées monter des chaumières et les corbeaux hanter le ciel où la nuit attendait."(page 202)

  Michel Bernard nous montre aussi d'une plume les magnifiant tous les êtres croisés par Jeanne: il leur donne vie, leur donne chair et nous nous attachons à Jean d'Alençon qui va l'accompagner dans son périple avec fidélité "Il se sentait meilleur près d'elle et souvent heureux" (page 166), à ses frères qui la rejoignent, à La Hire qui pourtant  n'était pas un enfant de chœur! Le peuple aussi prend corps, qui veut voir Jeanne, la toucher, l'aduler ou l'insulter.

  Et bien sûr, la figure de Jeanne, cette petite paysanne de 18 ans, avec son accent lorrain, son aplomb, cette assurance liée à l'obéissance aux voix, sa grande piété, et son courage héroïque: une grande sainte de l'Histoire de France qu'il nous est donné de redécouvrir avec la grâce et l'élégance de l'écriture de Michel Bernard.


jeudi 17 mai 2018

50 nuances de Grecs, Jul et Charles Pépin, tome 1, Dargaud 2017, 81 pages.

  Très humoristique et plein d'esprit, voici le premier tome de l'Encyclopédie des mythes et des mythologies. Une bonne façon de revoir ses acquis de lycée ou tout simplement de découvrir des héros ou des dieux dans des situations cocasses:
en effet, la première page nous propose l'évaluation de la pension alimentaire de Zeus par une jeune avocate; un peu plus loin, l'évocation du fil d'Ariane est contextualisée..., ou trouve également Narcisse avec une perche à selfie...
La page de dessins est complétée par une explication du mythe, intéressante, jamais pontifiante, parfois assez drôle.
 J'ai trouvé vraiment l'album plaisant: une idée cadeau fête des pères? sans aucune arrière-pensée!
😊💗 Et le dessin animé bientôt sur ARTE!