mercredi 8 juillet 2015

Portrait d’après blessure, Hélène Gestern, septembre 2014, arléa, 232 pages.

         Troisième roman d'Hélène Gestern, Portrait d'après blessure nous fait vivre le raz-de-marée provoqué par l'explosion d'une rame de métro à Odéon chez deux jeunes gens, Olivier et Héloïse, qui partaient tranquillement déjeuner ensemble.
          Leur vie bascule, d'abord avec l'effroi, puis les souffrances physiques et morales. Une épreuve terrible va les atteindre ensuite: la publication d'une photo dans une revue "à scandale", montrant Héloïse à demi nue portée par Olivier qui lui a sauvé la vie en l'extirpant d'une carcasse de wagon. Le doute, la suspicion s'emparent de l'entourage qui les pensent amants, donc adultères.
           Olivier et Héloïse vont tenter de lutter contre ce fléau de l’information à tout prix pour retrouver leur dignité.

           Roman qui traite bien sûr du poids de l'information, de la photo "choc", écrit dans une langue fluide, Portrait d'après blessure est intéressant aussi dans la progression de l'intrigue  grâce à l’alternance des points de vue.
            Un bon roman pour les vacances...

Gibier d'élevage, Kenzaburô Ôé, 1966, 1982 pour la traduction Gallimard, 106 pages.

     Né en 1935 au Japon, Kenzaburô Ôé a suivi des cours de littérature française.
     Il reçoit le prix Akutagawa (équivalent de notre prix Goncourt) pour ce roman et le prix Nobel de littérature en 1994.


     Le narrateur est un jeune garçon racontant l’événement qui va d'abord secouer la torpeur des habitants de ce petit village de montagne, puis bouleverser leur vie. Un avion ennemi s'est écrasé dans la montagne mais le pilote est indemne et a été arrêté. Mais "comment trouver les mots pour décrire le gigantesque nègre ramené au village sous escorte, la veille au soir, comme une prise de chasse?"(p.40)
     Attaché par une chaîne dans une cave, l'homme se couche à terre. Les enfants le contemplent par le soupirail. ils vont se familiariser avec cet homme "une espèce d'animal gentil et paisible."(p.59) Notre narrateur est chargé de lui porter ses repas.
     Constatant que le piège retenant les chevilles de l'homme le blesse, les enfants vont le libérer.Une communication et  une certaine connivence s'installent entre le prisonnier et le groupe des enfants. Petit à petit, les villageois s'habituent à sa présence même à l’extérieur: "Au même titre que les chiens, les enfants et les arbres, il faisait désormais partie de l'existence du village."(p.73)
Tout cela va basculer lorsque les directives de la préfecture concernant le sort du prisonnier vont arriver...

     Dans cette fiction pessimiste, Kenzaburô Ôé souligne la bêtise et la méchanceté humaine, à la manière d'un apologue. Ce roman court peut parfaitement être lu par des lycéens et s'intégrerait semble t-il  dans une séquence de seconde ou de première comme lecture d'accompagnement, dite cursive.
   

Marie Tudor, Victor Hugo, 1833, 2013 pour la présente édition folio chez Gallimard.

        A l’occasion de la visite de l'exposition les Tudor au musée du Luxembourg (vite pour les retardataires, elle s'arrête le 13 juillet 2015!), j'ai lu le drame romantique de Victor Hugo,Marie Tudor , moins connu que Ruy Blas ou Hernani.
         Ecrit en prose et découpé en journées à la manière du théâtre espagnol (Calderón, Lope de Vega), Marie Tudor met en scène une femme écartelée entre son devoir de reine et son sentiment d'amante. On retrouve tout ce qui fait la spécificité et le charme du drame hugolien: les antithèses très nombreuses, une écriture exaltée parsemée d'exclamatives comme le montre cette réplique de Jane page 175 "Oui! je t'aime! Oui! je t'aime! Et, _vois-tu, Gilbert, crois- moi bien, ceci est la vérité comme au lit de la mort, _je n'ai jamais aimé que toi! Même dans ma faute, même au fond de mon crime, je t'aimais! A peine ai-je été tombée aux bras du démon qui m'a perdue, que j'ai pleuré mon ange!"les rebondissements liés à l'intrigue, le trio amoureux (ici un homme et deux femmes).
        Il y aura inévitablement un mort, puisque "le peuple" réclame une tête: mais qui? l'homme du peuple ou le favori de la reine?
         Victor Hugo prend parfois quelques libertés par rapport à la vérité historique, mais il connait les ressorts de la passion amoureuse qu'il transcrit dans son style propre.

Un peu perdu, Chris Haughton, 2015, éditions Thierry Magnier.

    Une petite chouette est tombée de son nid: elle ne s'est pas blessée, mais elle est un peu perdue! Un écureuil va l'aider à retrouver sa maman.
    Humour et tendresse dans ce petit livre d'images: Marius, 21 mois, frémissait sur mes genoux quand je lui racontais l'histoire. Je le sentais vibrer d'émotions diverses!

à partir de 18 mois

mercredi 1 juillet 2015

Didi Bonbon, Olga Lecaye, , 1994, Ecole des loisirs

        Didi Bonbon est une petite souris qui rencontre un méchant loup... mais se montre plus maligne que lui. Amusant mais attention; il y a désobéissance!
à partir de 5 ans

Les derniers jours de Stefan Zweig, Sorel et Seksik, 2012, Casterman

   Cette BD est réalisée d'après le roman du même titre de Laurent Seksik, auteur également du récit romancé Le cas Eduard Einstein, qui raconte le destin navrant du second fils d'Albert Einstein.

    Comme l'indique le titre, les auteurs nous montrent le départ le 15 août 1941 de Zweig de New York avec sa seconde épouse Lotte de trente ans plus jeune. Direction: le Brésil où les attend une femme qui met sa demeure à la disposition du grand écrivain. Mais Zweig est déjà en butte à des idées noires. Il pense que les Allemands vont devenir les maîtres du monde "Deutschland über alles" et il ne veut pas revivre au Brésil ce qu'il a déjà vécu en Autriche. Il se sentira rapidement soupçonné, rejeté.
    Singapour tombe et Zweig estime  qu'il ne reste plus aux Allemands que le continent américain à conquérir. Il décide alors de se suicider et Lotte l'accompagne dans la mort.
    Le graphisme est éloquent sans être grandiloquent et le trait noir souligne la dureté de cette période, accompagnant ainsi les propos désabusés de Zweig et son destin tragique.

Velazquez, Elie Faure, 2015, édition des équateurs

       Ce livre a connu une première publication en 1903 aux éditions Henri Laurens. La présente édition a été effectuée à l'occasion de l'exposition qui se tient jusqu'au 13 juillet 2015 au Grand Palais.

     Il s'agit d'une biographie critique de Velazquez, grand peintre de cour  et peintre attitré de Philippe IV d'Espagne. Faure est un critique d'art lyrique, à la manière d'un Baudelaire. Il évoque les couleurs employées par ce peintre "il n'emploie que des couleurs rares, la gamme des gris, des blancs d'argent et de nacre, des noirs profonds, quelques verts, quelques rouges, des roses qui s'éteignent comme s'éteint le jour."(p.48). Le maître de Velazquez, c'est la nature, et en effet, l'Espagne est minérale, l'Espagne est grise et chez tous les vrais peintres d'Espagne, les gris dominent: voyez Herrera, Zurbaran, Le Greco, Goya.
      Faure (1873-1937), auteur d'une monumentale Histoire de l'Art qui demeure une référence, a une plume de poète: "Velazquez jette sur la toile le vol errant des harmonies comme le vent sème les feuilles sur la terre et comme il disperse l'écume à la surface de la mer."
      Velazquez est un portraitiste de génie: on pense au "terrible portrait du pape Innocent X" (p.91), à la"majesté mélancolique du roi dégénéré" et, à sa suite, "voici les infants, les petits princes maladifs" (p.93) comme l'infant Balthazar-Charles, "chétif sur l'énorme cheval d'armes, mais bijou rose et brun, gris et or sur l'écrin bleu du ciel et des montagnes."
      Le tableau qu j'ai préféré lors de ma visite de l'exposition est la Vénus au miroir (1650), l'un des rares nus de la peinture espagnole; ce tableau est mystérieux quant à l'identité du modèle, et le reflet du  charmant visage dans le miroir entretient l’équivoque.
  catalogue de l'exposition du Grand Palais