Ce gros roman se dévore d'une traite: l'adulte qu'est devenu Shahaab nous raconte qui il était lorsqu'il avait quatre-cinq ans; cet enfant qui ne parlait pas était le souffre-douleur des autres enfants qui le traitaient de "débile", mot qu'il pensait au début être un mot gentil... Son père, blessé dans son orgueil paternel, le traite avec impatience et un certain mépris que l'enfant ressent puissamment. Shahaab ne l'appelle jamais "papa", mais il nous le présente comme "le père d'Arash", son frère aîné.
Reste sa mère qui sent bien que son fils est "normal", mais qui ne comprend pas son mutisme. Écartelée entre père et fils, elle n'est pas toujours juste avec ce dernier. Elle fait également entendre sa voix dans ce roman.
Quand Shahaab prend conscience des injustices commises envers lui, il sombre dans une violence aveugle et se venge des mauvais traitements et des punitions qui lui sont infligées: la famille de son père ne l'aime pas, il a l'impression que son père le déteste et que même sa mère ne le soutient pas. Il faudra la présence douce, patiente et pleine d'amour de sa grand-mère maternelle pour dénouer l'écheveau et apprendre à l'enfant à communiquer.
Cette histoire vraie écrite par une auteur iranienne est extrêmement touchante: elle nous montre de manière vivante les difficultés de relation dans une famille et comment des parents peuvent être aveuglés par des pressions extérieures; l'enfant aurait pu être définitivement brisé sans l'intervention de Bibi, la précieuse grand-mère. Le fait que l'intrigue soit située en Iran nous montre également la difficile évolution de cette société. Les relations fille-garçon sont extrêmement surveillées par la police et les événements actuels nous témoignent de l'exaspération des jeunes devant un régime autoritaire.
Le premier roman de Parinoush Saniee, publié en 2015, Le voile de Téhéran, roman d'une famille iranienne ordinaire, a été censuré en Iran et est devenu un best-seller international.
jeudi 4 janvier 2018
jeudi 21 décembre 2017
JOYEUX NOËL!
Petite image envoyée ce matin par une amie, fidèle lectrice de mon blog! Merci à toi, chère amie!
C'est mon premier cadeau!
C'est mon premier cadeau!
Les Délices de Tokyo, Durian Sukegawa, 2013, 2016 pour la traduction française, Albin Michel, 221 pages.
Le titre original est AN, mot japonais qui désigne la pâte de haricots rouges servant à la préparation de délicieuses gourmandises sucrées.
Il est effectivement question de pâtisseries dans ce petit roman: Sentarô est un jeune homme qui tient une petite boutique de rue où il vend en particulier des dorayaki "deux ronds de pâte, comme des pancakes, fourrés de an aux haricots rouges." (page 12) C'est un peu par hasard qu'il occupe cet emploi et on apprendra qu'il voulait être écrivain mais des circonstances l'ont conduit à tout autre chose... Un secret qu'il dissimule...
Une vieille femme se tient un jour devant sa boutique et lui demande s'il veut bien l'embaucher."J'ai toujours rêvé de faire ce travail." Elle lui confie qu'elle a une grande pratique et qu'elle accepterait un salaire ridicule. Il accepte cette candidature spontanée et va aller de surprise en surprise: elle va effectivement améliorer significativement la qualité de la pâte et les clients vont remarquer ces changements positifs.
Mais des éléments vont troubler notre marchand de gâteaux: l'apparence de cette femme, Tokue, est pour le moins étrange; ses yeux sont dissymétriques, ses mains anormalement déformées, et la patronne de Sentarô va lui demander de congédier sa nouvelle recrue, malgré les améliorations gustatives.
Avec une jeune collégienne qui avait sympathisé avec Tokue, Sentarö va essayer de comprendre ce qui est arrivé à cette femme et quel est son secret.
Ils vont découvrir qu'elle avait contracté la lèpre quand elle était jeune, et que cette terrible maladie l'avait coupée de sa famille: on l'avait déracinée, on lui avait trouvé un autre nom, on l'avait enfermée avec d'autres lépreux; ce thème de l'enfermement domine la deuxième partie de ce livre et n'est pas sans faire penser au roman de Victoria Hislop, L'île des oubliés, cette petite île au large de la Crète où on enfermait les lépreux pour éviter la contamination.
La communauté de lépreux a établi une société parallèle à l'intérieur du sanatorium et c'est dans ce lieu que Tokue rejoint le cercle de pâtisserie: "Nous devions unir nos forces pour vivre, c'était la seule possibilité...Chacun avait une expérience ou une autre de la vie en société." (pages 136-137) C'est alors que l'on comprend le titre...
Cette vie si particulière et si dure donne à Tokue une philosophie personnelle de la vie et elle aura pour Sentarô un ultime message pendant la promenade dans la forêt à la nuit tombée. Livre qui semble anecdotique à première vue, il nous permet de réaliser la souffrance de certains êtres qui subissent à cause de la maladie ou dans d'autres circonstances l'emprisonnement, l'enfermement sans possibilité de libération.
Il est effectivement question de pâtisseries dans ce petit roman: Sentarô est un jeune homme qui tient une petite boutique de rue où il vend en particulier des dorayaki "deux ronds de pâte, comme des pancakes, fourrés de an aux haricots rouges." (page 12) C'est un peu par hasard qu'il occupe cet emploi et on apprendra qu'il voulait être écrivain mais des circonstances l'ont conduit à tout autre chose... Un secret qu'il dissimule...
Une vieille femme se tient un jour devant sa boutique et lui demande s'il veut bien l'embaucher."J'ai toujours rêvé de faire ce travail." Elle lui confie qu'elle a une grande pratique et qu'elle accepterait un salaire ridicule. Il accepte cette candidature spontanée et va aller de surprise en surprise: elle va effectivement améliorer significativement la qualité de la pâte et les clients vont remarquer ces changements positifs.
Mais des éléments vont troubler notre marchand de gâteaux: l'apparence de cette femme, Tokue, est pour le moins étrange; ses yeux sont dissymétriques, ses mains anormalement déformées, et la patronne de Sentarô va lui demander de congédier sa nouvelle recrue, malgré les améliorations gustatives.
Avec une jeune collégienne qui avait sympathisé avec Tokue, Sentarö va essayer de comprendre ce qui est arrivé à cette femme et quel est son secret.
Ils vont découvrir qu'elle avait contracté la lèpre quand elle était jeune, et que cette terrible maladie l'avait coupée de sa famille: on l'avait déracinée, on lui avait trouvé un autre nom, on l'avait enfermée avec d'autres lépreux; ce thème de l'enfermement domine la deuxième partie de ce livre et n'est pas sans faire penser au roman de Victoria Hislop, L'île des oubliés, cette petite île au large de la Crète où on enfermait les lépreux pour éviter la contamination.
La communauté de lépreux a établi une société parallèle à l'intérieur du sanatorium et c'est dans ce lieu que Tokue rejoint le cercle de pâtisserie: "Nous devions unir nos forces pour vivre, c'était la seule possibilité...Chacun avait une expérience ou une autre de la vie en société." (pages 136-137) C'est alors que l'on comprend le titre...
Cette vie si particulière et si dure donne à Tokue une philosophie personnelle de la vie et elle aura pour Sentarô un ultime message pendant la promenade dans la forêt à la nuit tombée. Livre qui semble anecdotique à première vue, il nous permet de réaliser la souffrance de certains êtres qui subissent à cause de la maladie ou dans d'autres circonstances l'emprisonnement, l'enfermement sans possibilité de libération.
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| Le titre est finalement bien paradoxal! |
jeudi 14 décembre 2017
Drôle de journée! Nonny Hogrogian, Le Genévrier, 1971, 2012 pour l'édition française.
J'ai découvert cet album délicieux lors d'une séance "heure du conte" à laquelle j'assiste parfois avec certains de mes petits-enfants; et je ne sais pas qui est le plus content!
Drôle de journée pour ce renard qui, assoiffé et trop gourmand, lape le lait dans un bidon posé sur le sol par une vieille femme; elle le punit immédiatement pour son forfait et lui coupe la queue...
Un renard sans queue... que c'est laid! Pauvre renard! Tous ses amis vont se moquer de lui! Mais que doit-il faire pour la récupérer?
Ce conte est basé sur le principe de la répétition et les enfants (et leur grand-mère!) ont adoré le principe d'enchaînement qui va conduire notre renard à galoper toute la journée...
De belles illustrations en font un joli livre qui ravira les petits à partir de 3 ans.
Drôle de journée pour ce renard qui, assoiffé et trop gourmand, lape le lait dans un bidon posé sur le sol par une vieille femme; elle le punit immédiatement pour son forfait et lui coupe la queue...
Un renard sans queue... que c'est laid! Pauvre renard! Tous ses amis vont se moquer de lui! Mais que doit-il faire pour la récupérer?
Ce conte est basé sur le principe de la répétition et les enfants (et leur grand-mère!) ont adoré le principe d'enchaînement qui va conduire notre renard à galoper toute la journée...
De belles illustrations en font un joli livre qui ravira les petits à partir de 3 ans.
La grande vie, Christian Bobin, Gallimard collection Folio, 2014, 103 pages.
Comment raconter Christian Bobin?
Difficile! C'est un poète qui nous apprend à regarder autour de nous, qui est capable de s'émerveiller devant toutes les petites choses qui font notre existence, ou qui nous aident à vivre:
devant un auteur comme Marceline Desbordes-Valmore "Chère Marceline Desbordes-Valmore, vous m'avez pris le cœur à la gare du Nord et je ne sais quand vous me le rendrez. C'est une chose bien dangereuse que de lire." (page 13)
A propos des livres: (mon lecteur me pardonnera cette conversation décousue, à hue et à dia, mais je suis embarrassée devant la multitude d'éléments qui m'interpellent!) Christian Bobin en fait ses amis, comme Jean Rouaud "Les livres sont des gens étranges. Ils viennent nous prendre par la main et tout d'un coup nous voilà dans un autre monde." (page 43) et, un peu plus loin, page 46:"Sur la table cirée la pomme rouge crie de joie. On n'entend qu'elle. Je pose à son côté le livre de Ronsard: le livre est plus vivant qu'elle."
Comment faire découvrir ceux qui n'aiment pas lire de la richesse de ce plaisir?
devant "la conversation du feu", "Je jetai mes soucis dans la cheminée et m'apprêtai à faire joyeusement les choses qui m'ennuyaient." (page 32)
devant un merle, et je crois que c'est l'évocation qui me plait le plus:" Tiens, me suis-je dit en te voyant: du courrier. Un mot du ciel qui n'oublie pas ses égarés. Tu es resté dix secondes devant la fenêtre. C'était plus qu’il n'en fallait. Dieu faisait sa page d'écriture, une goutte d'encre noire tombait sur le pré." Il faudrait citer tout ce paragraphe de la page 68.
Ce poète sait voir et il pose sur la page les mots qui nous aident à voir. Il termine ce petit ouvrage par un bel hommage à sa mère entrée en démence quand il avait vingt ans, "J'ai retenu mon souffle pendant trente ans pour que mon chant éclate au zénith et qu'on n'en doute pas, en m'entendant, que cette vie est le plus haut bien même si parfois elle nous broie."
Et je vous laisse savourer sa dernière phrase: "La poésie c'est la grande vie."
Difficile! C'est un poète qui nous apprend à regarder autour de nous, qui est capable de s'émerveiller devant toutes les petites choses qui font notre existence, ou qui nous aident à vivre:
devant un auteur comme Marceline Desbordes-Valmore "Chère Marceline Desbordes-Valmore, vous m'avez pris le cœur à la gare du Nord et je ne sais quand vous me le rendrez. C'est une chose bien dangereuse que de lire." (page 13)
A propos des livres: (mon lecteur me pardonnera cette conversation décousue, à hue et à dia, mais je suis embarrassée devant la multitude d'éléments qui m'interpellent!) Christian Bobin en fait ses amis, comme Jean Rouaud "Les livres sont des gens étranges. Ils viennent nous prendre par la main et tout d'un coup nous voilà dans un autre monde." (page 43) et, un peu plus loin, page 46:"Sur la table cirée la pomme rouge crie de joie. On n'entend qu'elle. Je pose à son côté le livre de Ronsard: le livre est plus vivant qu'elle."
Comment faire découvrir ceux qui n'aiment pas lire de la richesse de ce plaisir?
devant "la conversation du feu", "Je jetai mes soucis dans la cheminée et m'apprêtai à faire joyeusement les choses qui m'ennuyaient." (page 32)
devant un merle, et je crois que c'est l'évocation qui me plait le plus:" Tiens, me suis-je dit en te voyant: du courrier. Un mot du ciel qui n'oublie pas ses égarés. Tu es resté dix secondes devant la fenêtre. C'était plus qu’il n'en fallait. Dieu faisait sa page d'écriture, une goutte d'encre noire tombait sur le pré." Il faudrait citer tout ce paragraphe de la page 68.
Ce poète sait voir et il pose sur la page les mots qui nous aident à voir. Il termine ce petit ouvrage par un bel hommage à sa mère entrée en démence quand il avait vingt ans, "J'ai retenu mon souffle pendant trente ans pour que mon chant éclate au zénith et qu'on n'en doute pas, en m'entendant, que cette vie est le plus haut bien même si parfois elle nous broie."
Et je vous laisse savourer sa dernière phrase: "La poésie c'est la grande vie."
jeudi 7 décembre 2017
Bakhita, Véronique Olmi, 2017, Albin Michel, 456 pages, prix du roman Fnac..
Bakhita, une histoire véridique bouleversante dont Véronique Olmi s'est emparée pour nous offrir un très beau roman.
Bakhita est une petite fille née au Darfour au milieu du XIX ème siècle, enlevée à l'âge de 7 ans pour être vendue comme esclave au Soudan, comme sa grande sœur l'avait été précédemment. Véronique Olmi nous rapporte la force intérieure de cette petite fille qui subit, cramponnée à la main d'une autre petite fille, les sévices insupportables infligés par des hommes cruels et rapaces.
La première partie du livre évoque la vie d'esclave: battue, tatouée, livrée très jeune aux mains des hommes pour leurs jeux sexuels, vendue à plusieurs reprises et changeant de maîtres toujours inhumains,"Regardez ce que je vous ai rapporté du marché!" (page 106), Bakhita est douée d'un grand courage et éprouve parfois le sentiment de consolation, même si elle n'est pas encore capable de mettre des mots sur ce qu'elle ressent.
Elle est belle, et c'est pour elle une malédiction. (page 113) Quand elle a presque 10 ans, le jeune maître Samir la fait venir: il va se marier et il teste sur elle sa jeune virilité. Puis il la bat comme pour la tuer, rempli de haine.Elle en sortira brisée: "Bakhita est maintenant un jouet cassé. Et impur. Elle va donc être chassée"(page 128) Vendue à un général turc, elle finira par être achetée par le consul italien à Khartoum, "et cet homme va changer le cours de sa vie."
Ce consul l'emmènera donc en Italie, et la seconde partie du roman se passe dans ce pays. Les Italiens n'ont guère eu l'occasion de croiser des Noirs et Bakhita est considérée par nombre d'entre eux comme un suppôt de l'enfer, un démon venu les effrayer.
Toujours considérée comme esclave par la femme à qui elle a été "donnée", elle ne sera libérée que treize ans plus tard par une décision du procureur du roi "je déclare libre la Moretta". Baptisée, elle va choisir librement de rester dans l'ordre des sœurs canossiennes. Elle va encore subir des humiliations, comme celle de l'exposition à la porte, pour que soi-disant, les gens s'habituent à sa peau si noire. Mais elle a fait surtout par l'intermédiaire d'un homme bon, l'expérience de l'Amour divin et d'un "Paron", un maître toujours présent et toujours bienveillant, Dieu. Elle va faire preuve toute sa vie d'une extrême bonté, d'une attention aux petits et aux faibles toute en restant d'une très grande humilité.
En 1995, Jean-Paul II la déclare patronne du Soudan et il la canonise en 2000. Il déclarera: "Il n'y a que Dieu qui puisse donner l'espérance aux hommes victimes des formes d’esclavage anciennes ou nouvelles."
Véronique Olmi donne vie à cette femme dans ce roman puissant et passionnant. Le choix d'écrire un roman extrêmement documenté plutôt qu'une biographie lui permet de s'emparer des éléments du réel pour nous les restituer avec une très grande sensibilité et une grande force d'évocation grâce à sa belle plume.
Bakhita est une petite fille née au Darfour au milieu du XIX ème siècle, enlevée à l'âge de 7 ans pour être vendue comme esclave au Soudan, comme sa grande sœur l'avait été précédemment. Véronique Olmi nous rapporte la force intérieure de cette petite fille qui subit, cramponnée à la main d'une autre petite fille, les sévices insupportables infligés par des hommes cruels et rapaces.
La première partie du livre évoque la vie d'esclave: battue, tatouée, livrée très jeune aux mains des hommes pour leurs jeux sexuels, vendue à plusieurs reprises et changeant de maîtres toujours inhumains,"Regardez ce que je vous ai rapporté du marché!" (page 106), Bakhita est douée d'un grand courage et éprouve parfois le sentiment de consolation, même si elle n'est pas encore capable de mettre des mots sur ce qu'elle ressent.
Elle est belle, et c'est pour elle une malédiction. (page 113) Quand elle a presque 10 ans, le jeune maître Samir la fait venir: il va se marier et il teste sur elle sa jeune virilité. Puis il la bat comme pour la tuer, rempli de haine.Elle en sortira brisée: "Bakhita est maintenant un jouet cassé. Et impur. Elle va donc être chassée"(page 128) Vendue à un général turc, elle finira par être achetée par le consul italien à Khartoum, "et cet homme va changer le cours de sa vie."
Ce consul l'emmènera donc en Italie, et la seconde partie du roman se passe dans ce pays. Les Italiens n'ont guère eu l'occasion de croiser des Noirs et Bakhita est considérée par nombre d'entre eux comme un suppôt de l'enfer, un démon venu les effrayer.
Toujours considérée comme esclave par la femme à qui elle a été "donnée", elle ne sera libérée que treize ans plus tard par une décision du procureur du roi "je déclare libre la Moretta". Baptisée, elle va choisir librement de rester dans l'ordre des sœurs canossiennes. Elle va encore subir des humiliations, comme celle de l'exposition à la porte, pour que soi-disant, les gens s'habituent à sa peau si noire. Mais elle a fait surtout par l'intermédiaire d'un homme bon, l'expérience de l'Amour divin et d'un "Paron", un maître toujours présent et toujours bienveillant, Dieu. Elle va faire preuve toute sa vie d'une extrême bonté, d'une attention aux petits et aux faibles toute en restant d'une très grande humilité.
En 1995, Jean-Paul II la déclare patronne du Soudan et il la canonise en 2000. Il déclarera: "Il n'y a que Dieu qui puisse donner l'espérance aux hommes victimes des formes d’esclavage anciennes ou nouvelles."
Véronique Olmi donne vie à cette femme dans ce roman puissant et passionnant. Le choix d'écrire un roman extrêmement documenté plutôt qu'une biographie lui permet de s'emparer des éléments du réel pour nous les restituer avec une très grande sensibilité et une grande force d'évocation grâce à sa belle plume.
jeudi 30 novembre 2017
Dans la forêt, Jean Hegland, Gallmeister, 1966, 2017 pour la traduction française, 301 pages.
Livre étrange... mais à l'atmosphère prenante.
Ce roman, Dans la forêt, n'a pas de chapitres clairement identifiés: en effet, il s'agit du journal tenu par Nell, alors âgée de 17 ans; sa famille, père, mère et une sœur plus jeune prénommée Eva vit dans une maison à l'écart de la petite ville de Redwood. Notre narratrice reçoit à Noël comme unique cadeau un cahier et sa sœur lui suggère d'"écrire sur maintenant".
"Maintenant" est une drôle d'époque plutôt troublée; il n’y a plus d'électricité, plus de téléphone, les denrées alimentaires se font rares et le comportement des humains devient violent comme souvent en période de crise. Nos personnages vivent dans une quasi autarcie, gardant entre eux des relations empreintes de chaleur et d'amour.
Des catastrophes s'abattent sur ce petit îlot avec la maladie de Gloria, la mère, puis l'accident qui foudroie leur père. L'aînée, ingénieuse et courageuse va tout faire pour leur survie à elles deux. Nell, passait son temps à lire l'Encyclopédie, seul livre chez elles qu'elle n'avait pas épuisé! "J'essaie d'être disciplinée dans mes lectures et de ne pas sauter les articles qui ne m'intéressent pas ou ne me semblent pas en rapport avec mes études. Je veux lire l'encyclopédie du début à la fin." (p.36) Les bouleversements qui modifient considérablement ses projets la métamorphosent en jardinière, cuisinière, botaniste...
Mais elle écrit sur ce que qu'elle fait et encore plus intéressant, sur ce qu'elle ressent; c'est ainsi que son journal nous restitue leurs joies et leurs souffrances. Car vous pouvez imaginer que la vie de deux jeunes filles seules dans une maison perdue au fond des bois n'est pas une sinécure. Elle évoque l'absence de ses parents avec beaucoup de sensibilité; elle part de la définition du mot "Engelure...cependant, lors du dégel, la douleur peut être intense.
C'est cela que je ressentais, quand nous nous sommes mises à passer de pièce en pièce, à examiner les objets de notre enfance, les biens de nos parents que nous avions perdus. Petit à petit, les tissus s'assouplissaient, se réchauffaient, petit à petit le sang revenait, mais parfois la douleur de de ce dégel était si intense que j'avais envie de rester à l'état de glace. Pourtant, une sorte de vie embrasait mon moi gelé - cellule après cellule, toutes hurlant." (page 54)
Ce livre nous tient en haleine tout au long de ses 300 pages, car on se demande comment l'auteur va pouvoir terminer. Happy end? fin ouverte? ou autre?... le suspense reste entier!
De belles pages sur la nature qui sert de cadre de vie mais aussi de protection, de sauvegarde. La forêt joue un rôle de force tutélaire qui doit être la sienne.
Un petit regret: quelques rebondissements sont par trop prévisibles.
Ce roman, Dans la forêt, n'a pas de chapitres clairement identifiés: en effet, il s'agit du journal tenu par Nell, alors âgée de 17 ans; sa famille, père, mère et une sœur plus jeune prénommée Eva vit dans une maison à l'écart de la petite ville de Redwood. Notre narratrice reçoit à Noël comme unique cadeau un cahier et sa sœur lui suggère d'"écrire sur maintenant".
"Maintenant" est une drôle d'époque plutôt troublée; il n’y a plus d'électricité, plus de téléphone, les denrées alimentaires se font rares et le comportement des humains devient violent comme souvent en période de crise. Nos personnages vivent dans une quasi autarcie, gardant entre eux des relations empreintes de chaleur et d'amour.
Des catastrophes s'abattent sur ce petit îlot avec la maladie de Gloria, la mère, puis l'accident qui foudroie leur père. L'aînée, ingénieuse et courageuse va tout faire pour leur survie à elles deux. Nell, passait son temps à lire l'Encyclopédie, seul livre chez elles qu'elle n'avait pas épuisé! "J'essaie d'être disciplinée dans mes lectures et de ne pas sauter les articles qui ne m'intéressent pas ou ne me semblent pas en rapport avec mes études. Je veux lire l'encyclopédie du début à la fin." (p.36) Les bouleversements qui modifient considérablement ses projets la métamorphosent en jardinière, cuisinière, botaniste...
Mais elle écrit sur ce que qu'elle fait et encore plus intéressant, sur ce qu'elle ressent; c'est ainsi que son journal nous restitue leurs joies et leurs souffrances. Car vous pouvez imaginer que la vie de deux jeunes filles seules dans une maison perdue au fond des bois n'est pas une sinécure. Elle évoque l'absence de ses parents avec beaucoup de sensibilité; elle part de la définition du mot "Engelure...cependant, lors du dégel, la douleur peut être intense.
C'est cela que je ressentais, quand nous nous sommes mises à passer de pièce en pièce, à examiner les objets de notre enfance, les biens de nos parents que nous avions perdus. Petit à petit, les tissus s'assouplissaient, se réchauffaient, petit à petit le sang revenait, mais parfois la douleur de de ce dégel était si intense que j'avais envie de rester à l'état de glace. Pourtant, une sorte de vie embrasait mon moi gelé - cellule après cellule, toutes hurlant." (page 54)
Ce livre nous tient en haleine tout au long de ses 300 pages, car on se demande comment l'auteur va pouvoir terminer. Happy end? fin ouverte? ou autre?... le suspense reste entier!
De belles pages sur la nature qui sert de cadre de vie mais aussi de protection, de sauvegarde. La forêt joue un rôle de force tutélaire qui doit être la sienne.
Un petit regret: quelques rebondissements sont par trop prévisibles.
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