jeudi 17 mai 2018

50 nuances de Grecs, Jul et Charles Pépin, tome 1, Dargaud 2017, 81 pages.

  Très humoristique et plein d'esprit, voici le premier tome de l'Encyclopédie des mythes et des mythologies. Une bonne façon de revoir ses acquis de lycée ou tout simplement de découvrir des héros ou des dieux dans des situations cocasses:
en effet, la première page nous propose l'évaluation de la pension alimentaire de Zeus par une jeune avocate; un peu plus loin, l'évocation du fil d'Ariane est contextualisée..., ou trouve également Narcisse avec une perche à selfie...
La page de dessins est complétée par une explication du mythe, intéressante, jamais pontifiante, parfois assez drôle.
 J'ai trouvé vraiment l'album plaisant: une idée cadeau fête des pères? sans aucune arrière-pensée!
😊💗 Et le dessin animé bientôt sur ARTE!

vendredi 11 mai 2018

Djamilia, Tchinguiz Aïmatov, traduit du kirghiz par A. Dimitrieva et Louis Aragon en 1959, Denoël, 132 pages.

    Découvert grâce à une lectrice (merci à elle!) qui suit mon blog, ce court roman nous narre "la plus belle histoire d'amour du monde". L'expression est employée par Aragon dans la préface.

  Le narrateur, un jeune garçon , découvre ce qui se passe dans l'âme d'un couple, la naissance de l'amour; mais c'est aussi l'amour de la terre, de la nature, de la création toute entière qui est célébré ici.
  Djamilia est la femme de son frère aîné, Sadyk, parti à la guerre quatre mois après le mariage. Dans les lettres adressées à la famille, Sadyk ne met qu'un mot sec pour sa jeune épouse.

  Arrive dans le village perdu au milieu de la steppe un jeune soldat revenant du front, Danïiar, au tempérament associable  et très réservé.

 Notre jeune narrateur et sa belle-sœur se trouvent être associés à Danïiar pour une tâche particulière: conduire les deux voitures à cheval, les "britchkas" chargées de sacs de grains jusqu'à la gare. Leur découverte mutuelle va s'opérer lors d'un retour pendant lequel les deux conducteurs vont chanter et l'enfant qu'est le narrateur réalise -sans pouvoir le nommer- que quelque chose s'est produit: "Ce qui me surprenait le plus, c'était la passion, l'ardeur même dont était saturée la mélodie même." (page 85)
"C'était un homme profondément amoureux. Et amoureux, il l'était, je le sentais bien, pas seulement d'un autre être humain: il s'agissait là de je ne sais quel amour tout autre, d'un énorme amour, de la vie, de la terre." (page 87) Les descriptions qui suivent participent de ce même élan lyrique et nous dévoilent un peu l'âme kirghize.

  La déclaration d'amour ne peut avoir lieu qu'une nuit d'orage: "C'était effrayant et joyeux: l'orage avançait, le dernier orage de l'été." (page 115) Le narrateur qui dort dans la grange va être réveillé par des murmures et assister sans le vouloir à leur déclaration d'amour.

  Je ne peux révéler la fin du roman... mais il est intéressant de voir dans le dernier chapitre la naissance de la vocation de peintre du narrateur "sur le difficile chemin de la quête du bonheur".
  Ce roman puissant allie avec style nature et sentiments. Cette lecture facile et rapide est intéressante et très dépaysante : en effet, à part peut-être Sylvain Tesson et quelques voyageurs sortant des sentiers battus, qui peut prétendre connaitre le Kirghizstan?


jeudi 3 mai 2018

LIRE! Bernard Pivot et Cécile Pivot, Flammarion, 2108, 187 pages.

  On ne présente plus Bernard Pivot! Ce critique, journaliste, en son temps célèbre animateur d' Apostrophes, maintenant élu à l'Académie Goncourt, a la bonne idée de revenir avec un livre sur la lecture... Lecteur professionnel (il recevait jusqu'à dix livres par jour six jours sur sept!), il a proposé à sa fille Cécile, grande lectrice "amatrice", d'écrire ce livre à deux voix ou à quatre mains..

  Le résultat est très amusant: une série de courts chapitres nous présente successivement le point de vue du père puis celui de la fille; ils ne sont pas d'accord sur tout -et c'est tant mieux pour nous- mais se rejoignent sur le plaisir de la lecture, l’amour de l'objet livre et la nécessité vitale pour eux de prendre du temps pour lire.

Quelques phrases glanées au fil de ma lecture:
"Lire, c'est courir le risque de se remettre en cause."
"Lire c'est avoir de l'esprit jusqu'au bout des doigts." (page 18)

 "Il ne faut prendre le livre qu'on va lire ni avec des pincettes, ni avec des gants. Il faut le saisir à pleines et chaleureuses mains, comme du bon pain et une belle étoffe. Le respecter, c'est entrer en lui avec curiosité, attention, intelligence, sensibilité.Lui faire cadeau de son temps. N'avoir d'autres égards envers lui que ceux du commerce de l'esprit." (page 55)

"La lecture est une "subversion en douce",dit Régis Debray. La France insoumise est d'abord celle des lecteurs."(page 94)

  J'ai retenu quelques conseils dans le chapitre "choisir un livre" comme celui de fréquenter les blogs (!) et bien sûr les bibliothèques et les librairies. Cécile nous offre ses librairies coup de cœur.
  Elle nous suggère aussi de s'intéresser au rituel mis en place par l'association Silence! on lit.
  Le principe en est simple: dans la collectivité qui a choisi de le pratiquer,on s'arrête tous ensemble et chacun prend quinze minutes de lecture silencieuse Les bienfaits en sont reconnus et ce n'est pas notre ministre de l'Education nationale qui la contredira.

  On trouve aussi dans cet ouvrage l'entrée "ranger ses livres" ou "offrir des livres" ou encore "Relire", autant de petits chapitres intéressants, parfois amusants, jamais pontifiants.

  De très belles photos de lecteurs connus ou pas, -lectrices, parfois dans des positions invraisemblables, bibliothèques, reproductions de tableaux représentant un lecteur, charment le lecteur de ce livre fort plaisant.
  La lectrice convaincue que je suis ne pouvait être que sous le charme!
  A offrir ou à s'offrir!



jeudi 26 avril 2018

Par-delà les glaces, Gunilla Linne Persson, 2015, traduit du suédois aux éditions Les Escales, 2017, 314 pages.

  Ce roman suédois possède une trame narrative double:

  L'hiver 1914 connait entre autres une terrible tempête de neige à l'extrémité nord de l'archipel de Stockholm; un groupe de sept jeunes gens, garçons et filles, repartis après un bal sur un chemin qui avait été balisé, vont tourner en rond sur cette île d'Hustrun balayée par des vents si forts que l'on ne peut plus se tenir droit, ni finalement avancer. Un chapitre est intitulé "Quand il fait si froid que les mots gèlent".Les parents, inquiets de ne pas les voir rentrer, se rassurent comme ils peuvent en se disant qu'ils ont dû rester à l'auberge. Quand il fera clair et que le vent sera tombé, ils partiront à leur rencontre...

  En 2013, sur cette même île, Herrman Engström -dont la famille a été considérée comme responsable de la mort des 7 jeunes gens - attend le bateau-taxi d'Algot, le père d'Ellinor dont il était épris avant de quitter l'île. Surprise, c'est Ellinor elle-même qui vient le chercher. C'est elle qui a repris le bateau et l'activité de son père et elle s'occupe des quelques touristes qui viennent séjourner durant l'été. Les enfants l'aiment et viennent souvent la solliciter. Elle se prête volontiers à leurs jeux.
  Herrman, lui, est devenu un peintre célèbre dans sa spécialité : peintre d'oiseaux, il est venu peindre les eiders, chef d'oeuvre suprême (page 48), et vendre la propriété familiale.

  De vieilles rancœurs liées au drame de 1914 vont altérer les retrouvailles de ces deux êtres qui s'aimaient. Il va leur falloir comprendre ce qui les a séparés, laisser tomber les rancunes; pour Ellinor, c'est un véritable travail de mémoire qui s'opère et elle devra décider de sa vie.

 Un des personnages principaux de ce roman est bien sûr le climat qui est dur, hostile une bonne partie de l'année. On doit être vigilant dans ce que l'on entreprend, dans les déplacements à pied ou en bateau. La vie est rude, les cultures sont difficiles, rien ne doit être gâché. C'est aussi pour cela que les Suédois quittent leurs îles et s'installent en ville où ils trouvent tout le confort de notre époque. Les demeures ancestrales restent éventuellement ouvertes en été.

  On sent chez Ellinor au contraire un attachement très fort à ses racines, à cette vie austère mais qui est sienne. Femme magnifique, figure du dévouement, elle nous touche profondément.

        Un beau roman dans un cadre grandiose et déroutant.  Une lecture qui nous happe et nous permet de connaître un peu mieux nos voisins scandinaves.
                                                   

jeudi 19 avril 2018

Et vous avez eu beau temps?, Philippe Delerm, Seuil, 2018, 159 pages.

     Après La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules en 1997 et Les Eaux troubles du mojito et autres belles raisons d'habiter sur terre (2015), - un article sur ce blog le 8 octobre 2015 - (et bien d'autres ouvrages encore...), voici Et vous avez eu beau temps? sous titré La perfidie ordinaire des petites phrases.

   Le genre original utilisé par Philippe Delerm est celui de la forme courte baptisée l'"instantané littéraire"; son auteur occupe une place un peu à part dans l'univers des auteurs et pour ma part, dans cet opuscule, j'ai trouvé une âme de moraliste un peu comparable à celle de La Bruyère qui épinglait assez férocement les travers et les vices de ses contemporains.
   De même ici, les mots et les phrases nous trahissent: ils disent quelque chose de notre pensée et souvent ce n'est pas le meilleur qui vient à la surface...

  Commençons par le titre qui est aussi celui de la première nouvelle: Delerm décortique avec acidité le rôle joué par la conjonction de coordination placée à l'attaque de la phrase, avec tout ce qu'elle induit de duplicité et de perfidie...

J'ai apprécié aussi page 145 "Pour être tout à fait honnête avec toi..." et sa conclusion: "L'honnêteté, une vertu qui semble d'évidence pour ceux qui la pratiquent, et fait jeter le voile de la méfiance sur ceux qui la revendiquent." Rappelons nous le fameux adage "l'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu"...du moraliste La Rochefoucauld!

  Mais Philippe Delerm éprouve quand même une certaine affection pour le genre humain, et certains instantanés sont chargés de tendresse "Tu m'as rendu la vie" (page 113), ou peuvent nous faire sourire "ils n'articulent plus, maintenant" page 133.

 Bref, un livre facile à lire, qu'on picore au gré de son humeur!



Je m'étais amusée à pasticher Delerm le 8 octobre 2015 avec l'article "Faire un gâteau au chocolat", recette libre de droits...

jeudi 12 avril 2018

Un funambule sur le sable, Gilles Marchand,éditions Aux Forges de Vulcain, 2017, 354 pages.

   Un funambule sur le sable est un roman original, à la fois léger et profond, un roman à succès sans avoir été médiatisé, faisant les délices des libraires, des bibliothécaires et des blogueurs...

   Stradi naît avec un violon dans la tête:
"- Nous ne comprenons pas comment cela est possible.
  - De quoi parlez-vous? Comment va mon fils?"
   - Bien. Mais il a un violon dans la tête."

  Notre narrateur, Stradi, nous raconte son enfance heureuse même s'il sent le regard toujours inquiet de ses parents; pas le droit d'aller à l'école, pas le droit de courir, ... jusqu'à six ans, il vit en vase clos.
 Son violon se développe en même temps que lui: cette croissance est harmonieuse et le petit violon commence à jouer des morceaux, ce qui n'est pas sans attirer l'attention!

  Un médecin finit par autoriser l'intégration scolaire: bien évidemment, ses camarades vont le trouver "bizarre", "il est un peu bizarre, Stradi."  De là à ce que l'un d'entre eux le déclare malade mental...
  Et comme c'est difficile de s'intégrer! "Et pour prouver que j'étais l'égal de mes camarades, je devais être meilleur, je l'avais vite compris." (page 123)

 Les personnages du roman sont attachants: le père est un "inventeur", sorte de "savant fou illuminé", travaillant sur les bâillements ou la fabrication de prototypes; sa mère aime bien sûr son fils d'un amour inconditionnel, mettant tout en oeuvre pour lui faciliter l'existence.
 Stradi a un copain avec un handicap physique, Max: il boite. Unis sans doute par leurs différences, ils deviennent de vrais complices.
 Il a une amoureuse, Lélie, avec qui il va vivre: imaginez comme cela peut être fatigant de vivre avec quelqu'un possédant dans sa tête un violon qui joue la nuit!

  Roman sur la différence, "l'anormal" certes: Gilles Marchand se défend d'avoir pensé à un handicap particulier. Mais il nous renvoie avec beaucoup d'humour et d'empathie aux attitudes que nous avons face à ce que nous ne maîtrisons pas, ne comprenons pas, ce qui nous fait peur...

Un roman d'une lecture aisée, à faire connaitre!


jeudi 5 avril 2018

Tuer le cancer, Professeur Patrizia Paterlini-Bréchot, Stock, 2017, 278 pages.

  Voilà une femme remarquable, qui a décidé de consacrer sa vie à la lutte contre le cancer.

  C'est la guerre qu'elle a déclarée à cette maladie, guerre ouverte depuis sa rencontre avec "le patient zéro", un jeune homme au corps envahi de métastases; elle crie sa rage de n'avoir rien pu faire pour le sauver, et de n'avoir pu empêcher d'autres médecins de s'acharner sur lui et d'avoir ainsi provoqué des souffrances inutiles. Elle revoit encore le regard lourd de mépris qu'il lui lance, pensant qu'elle l'a trahi.

  Elle salue le professeur qui lui a tout appris et a reconnu en elle un disciple. Cet homme exigeant, le professeur Coppo, parfois dur, a joué auprès d'elle un rôle de mentor. Il lui a appris la nécessité pour un médecin de comprendre le fonctionnement des maladies, et de discuter avec son patient pour appréhender au mieux sa maladie. L'excellence était alors au rendez-vous et pour mieux cerner les mécanismes du cancer, elle décide de se consacrer à la recherche en hématologie et en oncologie.

  Avec "la traversée des Alpes", c'est-à-dire son arrivée en France, commence un nouvel apprentissage, celui de la biologie moléculaire (son objet est la compréhension des mécanismes de la cellule à l'échelon de la molécule) Car pour elle, pour vaincre le cancer, il faut trouver un autre chemin que la chirurgie et elle va s'intéresser aux travaux de Christian Bréchot: elle va travailler à ses côtés (et l'épouser!) et poursuivre ses recherches pour traquer le tueur! (ce sont ses propres termes.)

  Les résultats vont arriver progressivement, malgré des sabotages et des fuites au sein de sa propre équipe. Elle va également connaitre les difficultés de publication d'articles faisant part de ses avancées et les diverses pressions de l'industrie pharmaceutique.

 Patrizia Paterlini-Bréchot a mis en évidence un test sanguin mettant en évidence les cellules tumorales circulantes, ce qui a le mérite de signaler l'ennemi -le cancer-avant toute détection possible en imagerie. Pour elle, seul le diagnostic précoce permettra de réduire de manière significative la mortalité par cancer. "Mon souhait le plus cher est que le test ISET devienne partie intégrante de toute prise de sang, comme c'est la cas pour la numération et la formule sanguine,... un tel examen de routine permettra, pour un coût extrêmement modique, de détecter la présence de cellules tumorales circulantes souvent avant même qu'une tumeur devienne détectable et en tout état de cause avant qu'elle soit parvenue à créer des métastases."

  Une femme passionnée par son combat!