jeudi 28 septembre 2017

Le tour du monde du roi Zibeline, Jean-Christophe Rufin, Gallimard, 2017, 365 pages.

  Voici un excellent Rufin! de la même veine que Rouge Brésil et Le Grand Cœur!

  Ce roman retrace deux destinées hors du commun: celle d'Auguste, jeune noble originaire d'Europe Centrale et d'Aphanasie, fille d'un officier de l’armée impériale russe nommé gouverneur au Kamtchatka.

 Ces deux personnages passionnément  amoureux l'un de l'autre  se sont sauvés de Sibérie après moult péripéties et ils racontent à deux voix leurs aventures à Benjamin Franklin, alors vieillard assez malade et fatigué résidant à Philadelphie. Leur périple, inspiré d'une histoire authentique, dépasse l'entendement pour des contemporains de Voltaire.

  Ce récit se passe donc au XVIIIème siècle et Auguste fait régulièrement penser au jeune Candide de notre philosophe ironique. Comme pour Candide, la vie se charge de son éducation, mais notre héros apprend vite et bien... à tel point que son tour du monde le conduira à devenir roi de Madagascar.

  Le style de ce livre m'a charmée: on y retrouve l'élan des grands romans historique cités plus haut; il met en valeur le caractère précieux de valeurs telles que l'honnêteté, le courage ou la liberté  tout en soulignant le caractère fragile de toute vie humaine.


jeudi 21 septembre 2017

La montagne rouge, Olivier Truc, Métailié noir, 2016, 499 pages.

    Le sous-titre de ce roman est une enquête de la police des rennes. Il y a bien un cadavre, plus exactement un squelette et Nina et Klemet, personnages des romans précédents d'Olivier Truc, vont être chargés de cette enquête hors du commun.

    En effet, lors du marquage des rennes dans un enclos particulièrement boueux au pied de la Montagne rouge, un glissement de terrain se produit et un squelette sans crâne surgit!

  On va savoir rapidement que ces restes humains sont très anciens: mais appartiennent-ils à un Suédois ou à un Sami?( Le lecteur français ne sait pas toujours que ce terme "sami" désigne les Lapons, ce dernier mot étant considéré comme raciste et donc injurieux.) Réapparaissent alors les tensions fortes et les querelles sanglantes qui divisent les deux communautés: qui était sur le sol en premier? A qui appartient cette terre? aux forestiers-plutôt suédois- ou aux éleveurs de rennes?

 Leur chef, Petrus Erikson, va se livrer à une quête pour prouver l'appartenance de la terre aux Sami ou du moins leur antériorité. "Nous les Sami nous nous retrouvons souvent dans le camp des victimes face à la justice, et pourtant nous ne pouvons nous empêcher d'y croire." (p.51) Petrus Erikson se retrouve devant la Cour Suprême de Stockholm dans le banc des accusés, le collectif des forestiers ayant porté plainte contre les éleveurs, considérant que "les rennes de Balva viennent paître illégalement sur leurs terres, piétinent les jeunes pousses de pins et de bouleaux qu'ils plantent et causent toutes sortes de dommages qui leur coûtent très cher." (p.53) Petrus assure la défense des éleveurs en costume traditionnel de Sami, faisant sensation dans les rues de Stockholm!

  Nina et Klemet vont mener une enquête difficile, croisant des personnages assez étonnants: l'antiquaire Bertil au passé douteux, Justina qui se déplace avec ses vieilles copines, sa bande de vieilles femmes équipées de cannes nordiques, spécialiste du "bilbingo", sorte de loto. N'oublions pas les archéologues, pas toujours d'accord eux non plus sur cette question de l'ancienneté.

  Olivier Truc connait parfaitement bien la Suède et nous offre un livre parfaitement documenté qui dépasse largement le cadre du polar en nous proposant avec brio cette réflexion toujours d'actualité sur le droit de la terre.

jeudi 14 septembre 2017

Comment faire lire les hommes de votre vie, Vincent Monadé, 2017, Payot, 123 pages.

  Vincent Monadé est bien placé pour  parler lecture... il préside le Centre national du livre, a été libraire, plume pour des hommes politiques et lit le reste du temps.

 Ce livre s'adresse bien sûr aux femmes car "le lecteur est une lectrice"nous dit-il dès l'introduction, ce qui est confirmé par les libraires... Nombre de lectrices se désespère devant le peu d'intérêt que porte à la lecture l'homme qui partage leur vie.

  En quelques chapitres, Vincent Monadé donne des pistes suivant les goûts de "Chéri": sport?  Une stratégie se met en place avec des titres" pour l'appâter", d'autres "pour l'apprivoiser"...ou enfin "pour lire ensemble". J'ai également apprécié la technique de l'agent double (utiliser sa mère)! (page 87)

  Il a le goût du risque?  Proposez-lui Au revoir, là-haut de Pierre Lemaître, ou Le peintre des batailles de Pérez-Reverte . Expliquez-lui que ces livres sont beaucoup durs pour vous, décidément, "Laissez le livre sur votre table de nuit. Il ne mettra pas deux jours à migrer vers la sienne." (p.26)

  Quels sont les moyens préconisé par notre auteur? la flatterie, (technique ancestrale), ou par exemple le rendre accro grâce aux "mauvais genres", ou encore  utiliser l'enfant: Vincent Monadé a plus d'un tour dans son sac.
  Tout ceci est raconté avec légèreté et humour et nous donne de surcroît quelques pistes intéressantes  de lecture.


jeudi 7 septembre 2017

Les vivants au prix des morts, René Frégni, Gallimard, 2017, 188 pages.

  Aperçu sur le plateau de la Grande Librairie lors de la dernière "saison", René Frégni m'avait intriguée: sa faconde,son passé,son présent et sa vivacité m'avaient plu. Fin juillet, j'aperçois son dernier roman sur l'étagère "coup de cœur" de la médiathèque: j'avoue que j'ai été séduite!

  Roman? Le narrateur ressemble furieusement à son auteur; ce je s'appelle René, doit avoir lui aussi l'accent du Midi, écrit sur un petit cahier rouge; il s'est installé avec une charmante institutrice, Isabelle, dans un village de Provence.

 René commence un premier janvier son journal: il note dans ce cahier offert par une amie ses pensées, ses actions, ses émotions; tout cela démarre fort paisiblement.

 Mais son passé -il faut dire que René (le narrateur, tout comme l'écrivain) a animé longtemps un atelier d'écriture à la prison des Baumettes- va faire irruption  le 22 janvier avec l'appel téléphonique de Kader qui vient de s'évader.
_Kader... L'atelier d'écriture aux Baumettes, bâtiment D...Kader... Derka...Le mec qui voulait pas écrire. Je suis venu pendant trois ans, tous les lundis, j'ai pas écrit un mot, mais je me régalais. Les seules années où j'ai appris quelque chose.
...
_ Tu as besoin de quoi?
_ Te voir, me planquer, disparaître.

 Son rêve de petite vie tranquille et d'écriture sereine va voler en éclats!
 En effet il ne peut que l'aider. Mais les angoisses vont l'envahir, le torturer, les cauchemars gâcher ses nuits; il ne peut plus écrire. Ce n'est pas simple en effet d'aider et d'héberger l'homme que toute la police de France recherche.

  Des personnages haut en couleurs, de multiples rebondissements, une intrigue serrée vont nous tenir jusqu'au dénouement de ce roman haletant.


jeudi 27 juillet 2017

Le Meilleur des amis, Sean Rose, Actes Sud, janvier 2017, 150 pages.

   Ce deuxième roman de Sean Rose nous présente un triangle amoureux, célèbre figure des intrigues amoureuses.

  Le narrateur personnage- ce roman est écrit à la première personne- nous évoque tout d'abord son amitié avec Thibaut, amitié de jeunes étudiants qui refont le monde! De nombreuses discussions autour du sens de la vie dans les cafés parisiens Des heures et des heures siphonnées pour l'éternité. Ce temps perdu est le ciment de l'amitié. Des amitiés de jeunesse, en tout cas. Qui après, une fois les études terminées, a encore le temps? Nos élucubrations n'avaient sans doute pas grand intérêt-les grandes questions qui ne mènent nulle part.  (page 55)les conduiront vers une amitié plus profonde malgré leurs différences: Thibaut est originaire de Bordeaux et notre narrateur a des racines mêlées, sa mère étant issue du royaume de K., lointain petit pays mystérieux du Sud-Est asiatique.

  Thibaut est fiancée avec Camille, étudiante en droit qui a arraché à ses parents la permission de faire l'Ecole du Louvre. Passionnée d'art, elle va entraîner l'ami dans des visites d'expositions, dans les salles du Louvre. Une complicité forte va s'installer entre eux.

 Et, naturellement, un soir, l'alchimie se produisit, et ils devinrent amants. Thibaut ignorera tout de cette liaison amoureuse rompue par Camille...Jusqu'au jour où elle retint ses larmes, jusqu'au jour où elle n'eut d'autres mots que c'est fini. C'est fini... je t'aime. (page 114)

 Le narrateur partira pour un stage dans un pays voisin du sien et il perdra de vue son ami et son amante jusqu'au jour où il aura la curiosité de la revoir.

 Ce beau roman qui évoque bien sûr le film Jules et Jim, est écrit avec une plume fiévreuse et rapide pour nous parler de l'amitié, de l'amour, du regret. Il se termine par un très bel épilogue que je vous  laisse découvrir!


jeudi 13 juillet 2017

Fendre l'armure, Anna Gavalda, Le Dilettante, 2017, 285 pages.

    Anna Gavalda nous revient avec un recueil de nouvelles dans la veine de Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part.

   Quand j'en ai commencé la lecture, je ne savais pas qu'il s'agissait de nouvelles. Un peu déçue au départ, j'ai finalement apprécié l'ensemble même si certains récits sont assez pathétiques. Ils sont bien le reflet d'une époque, la nôtre, et Anna Gavalda s'intéresse aussi bien à la petite vendeuse d'animaux de compagnie qu'au directeur d'une entreprise travaillant à l'international, aux états d'âme d'un chauffeur de poids lourd qu'à ceux d'un petit garçon de six ans -fort attachant au demeurant- dans une cour de récréation.

   Elle nous donne à voir des tranches de vie qui possèdent des tonalités différentes: j'ai trouvé bien triste "La maquisarde" ou "Mon chien va mourir", mais les dénouements de "Happy meal" de "Mes points de vie"  sont plus légers et font sourire.

  Les chutes sont remarquables et c'est une des forces du style d'Anna Gavalda.

  Un livre qui se lit facilement à mettre sans hésiter dans la valise des vacances.


vendredi 7 juillet 2017

Des âmes simples, Pierre Adrian, 2106, Equateurs, 191 pages.

  Qui connait Sarrance, village perdu au fond d'une vallée resserrée des Pyrénées? Ce village s'est bâti le long de la rue du Haut, et il doit son essor au monastère implanté autour de l'église Notre-Dame. C'est une étape pour les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle et ce fut un lieu d'inspiration pour Marguerite de Navarre et Francis Jammes, poète du pays qui" en chante les légendes" (page 28).

  Plus récemment, un très jeune écrivain -22 ans- talentueux a été saisi par la poignante beauté des lieux et l'étrangeté des habitants des environs. Terre marquée par l'exode rural, elle est aussi affligée des fléaux de notre époque, le divorce, la drogue, l'alcoolisme, et toutes les souffrances qui en découlent.

  Notre narrateur-écrivain s'installe donc au monastère de Sarrance qui fait bâtiment d'accueil; y passent ou résident des pèlerins mais aussi des paumés de la vie: femmes battues, hommes en perte d'emploi ou de repères. Mais celui qui reçoit, Pierre, est le curé de la paroisse et fait figure de rocher pour ceux qui viennent lui parler. Il sait trouver les mots pour soulager les maux, remettre toutes ces souffrances à Celui qui peut les porter avec nous. "Oui, il y a aussi toutes ces rencontres, ces discussions autour d'une table avec ceux que le monastère protège, soulage. Leur présence ici est sans raison. Une halte au cours d'une vie bousillée.Le besoin d'un énième départ après une vie bousillée. Oublier la taule, balancer la bouteille et ses maudites dépendances. Il faut s'essayer à vivre, avec la prière comme seul viatique." (p.55)

 Pierre apprend au narrateur à voir ce pays, à le découvrir et à l'aimer pour sa force, ses villages, leurs habitants et leurs rites; leur rythme de vie qui n'a rien à voir avec celui d'un citadin mais qui n'est pas exempt d'une dureté minérale...
 Un beau livre, à reprendre, pas si "simple" que cela...